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26 mars 2008
QUE C’EST BON D’ETRE MECHANT !
Cela fait maintenant quelques mois que, insidieusement mais sûrement, la thématique principale des séries a évolué. Oh, bien sûr, il y a toujours les policiers, les médecins, les avocats, les voyageurs de l’espace ou autres familles, super ou non. Mais parmi ces archétypes se glissent de façon beaucoup plus importante un méchant pas beau, un pas gentil qui, apparemment, a tous les attributs qui font fuir le public : agressif, cynique, arrogant, asocial, profiteur… Bref, un être irrémédiablement perdu pour la cause du politiquement correct.
La surprise, c’est que ça marche !
Témoin, le succès mérité mais incroyable de HOUSE, en tant que DR HOUSE, sur TF1 en prime-time – oui vous avez bien lu ! On savait déjà que la série réalisait des scores dantesques aux USA mais qu’elle cartonne à ce point sur la chaîne la plus généraliste et fédératrice du PAF laisse pantois. Et pourtant, TF1 a mis du temps à la mettre à l’antenne, vrai pari qui avait besoin de mûrir. Un petit passage test sur TF6… Une diffusion en deuxième partie de soirée… Et notre bon docteur débarque à 20h50 avec sa saison 3, la plus époustouflante de toute. C’était maintenant ou jamais (la 4 n’est pas aussi top…) et le résultat dépasse les espérances. Sans aucun doute, cela signifie que le grand public est prêt pour ce genre de personnage.
Aux USA aussi, ce fut la surprise. Hugh Laurie, dans « TV GUIDE » , disait : «Je ne pouvais pas imaginer que Fox allait donner son feu vert en prime time à un protagoniste pareil : un misanthrope lamentable, effrayé et dysfonctionnel, dont le but est de se punir lui-même et le monde entier en même temps. Le Bossu de Princeton, Le Fantôme de la salle d’Opération, avec tout l’égocentrisme mauvais et plaintif d’un adolescent trop gâté. » Wow ! Et penser que les spectateurs, tout âge et sexe confondus, vont craquer semaine après semaine pour lui relève de la gageure.

A cela, on peut évidemment appliquer le précepte que les méchants sont souvent les personnages le plus emblématiques, les plus charismatiques. Mais pour un JR ou une Alexis Colby, on compte des dizaine de Buffalo Bill…non, pas le héros de l’Ouest américain, mais le personnage que Dabney Coleman interprétait dans une sitcom de 1983 : un présentateur télévisé pleutre, menteur, en bref détestable. La sitcom, appréciée de la critique, fut un cuisant échec public. En 1996, seul quatre épisodes de PROFIT sont diffusés sur la Fox, même si le golden boy sociopathe est devenu culte en notre pays. De même, ACTION et son producteur de cinéma arriviste et méprisable fut un bide sur la même chaîne.
Assez ironiquement, à propos de cette même série, le DVD qui vient récemment d’être édité chez nous – et que je vous conseille de vous procurer d’urgence, tout comme le coffret PROFIT, indispensable à toute bonne culture télévisuelle - contient un reportage où tous les protagonistes affirment leur supériorité sur le tout venant télévisuel, assurés qu’ils étaient de faire la meilleure série du monde car la plus décalée de toutes… Pour finalement regretter d’avoir cédé aux sirènes (et au budget…) du hertzien plutôt que d’avoir accepté l’offre initiale de HBO. Ils reconnaissent clairement que, si la série avait été produite par une chaîne câblée à l’audience plus limitée mais plus exigeante, ACTION serait peut être toujours à l’antenne.
Il est vrai que le câble, au début des années 90, fut le refuge pour tout les personnages décalés, tel LARRY SANDERS. Jusqu’à Tony Soprano qui est un peu l’aboutissement de cette quête du méchant télévisé. Sans nul doute parce que les spectateurs habituels de ces chaînes étaient sans doute plus exigeants, plus enclins à bouleverser leurs habitudes en étant secoués par des personnages qui, peut-être les renvoyaient à eux même.

La grande évolution était que le méchant n’était plus aussi caricatural que J.R. : il devenait crédible, authentique, réaliste. Pour aller plus loin, il semble bien que ces héros négatifs reflètent de plus en plus les doutes et incertitudes d’une société contemporaine complexe et décevante. D’ici à penser que l’image qui est ainsi véhiculée est ambigu, il n’y a qu’un pas : montrer de cette façon que le succès s’obtient en mentant, en trichant, en faisant peu de cas de l’autre, tel le personnage central de CALIFORNICATION qui méprise avec acharnement toute les femmes qu’il rencontre (sauf la sienne…) n’est certes pas très glorifiant. Mais toute bonne série se doit de refléter la vie…
Il semblerait que, depuis, la mode soit à l’anti-héros, à la SHARK ou même à la DEXTER. Preuve de ce renversement de tendance, ce que l’on réservait d’habitude au public plus ciblé du câble passe maintenant (grève des scénaristes et pénurie de programme aidant…) sur le network national qu’est CBS… le plus conservateur de tous ! Y’a vraiment quelque chose de pourri au royaume des héros.
Sans nul doute que la télé-réalité a aidé à cette acceptation du public. Je me souviens avoir vécu sur place, à New York, le final du tout premier SURVIVOR (la version US de KOH LANTA) et la victoire de Richard Hatch, le grand (et gros…) méchant de cette première édition (rien à voir avec l’acteur de GALACTICA !). Je suis tombé hier sur un show pathétique, mettant en scène des cuistots se faisant insulter et traîner plus bas que terre par un grand Chef d’une agressivité et d’une méchanceté rare. Et que dire de Simon Corwell et autre Tyra Banks ? L’Amérique vit maintenant au rythme de ces gens que l’on aime détester et que l’on élève sur un piédestal, et par ricochet, la France aussi subit le contrecoup de cette tendance.
Comme toute tendance, elle va aussi connaître ses excès : bientôt, si cela continue, c’est le héros positif qui ne sera plus de mise du tout dans une série télé. Il faudra à toute série son Sipowicz, son Vic Mackey, sous peine d’être trop mielleuse. C’est évidemment une extrapolation, et autant on a plaisir à trouver des failles chez les personnages, autant je ne souhaite pas un jour voir Grissom devenir un violeur en série sous prétexte que c’est « à la mode » !
14:10 Publié dans Humeur du jour | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Profit, Dr House, bad guys, Hugh Laurie, Adrian Pasdar, Californication
Commentaires
Un article intéressant qui met en lumière une chose : les personnages méchants, cyniques , sombres sont finalement plus constitants que le héros fadasses et consensuels qui pullullent dans les les séries. De plus, même si personne n'ose se l'avouer, ces personnages sont peut être plus représentatif de ce que nous sommes.
Le meilleur exemple étant Seinfeld où de Jerry à Georges, ils sont tous pluségoistes, cyniques et opportunistes les uns des autres et pourtant , combien de fois je me suis surpris avoir été honteusement comme eux dans la vie de tous les jours?
Part contre dans ton article il ya très peu de personnage féminin emblématique ! Il faudrait rendre hommage à voisines de Melrose Place !^^
Ecrit par : fabnol | 26 mars 2008









