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30 avril 2008

AUDIMAT ET BONNE SERIE

Une bonne série doit-elle être une série qui fait de l'audience ? A contrario, une série qui cartonne à l'audimat est-elle automatiquement une bonne série ?
Ce sont en ces phrases un peu lapidaire que l'on pourrait résumer le billet d'aujourd'hui. Ce n'est pas en quelques lignes que l'on pourra donner toutes les réponses à ce sujet, mais je vais tenter de vous donner quelques éléments de réflexions, quelques bases de discussions.

Dans un tel débat, qui m'a été involontairement suggéré par un commentaire assez vif déposé sur ce blog, le premier danger est de tomber dans les extrêmes, les positions " fanatiques " ou les partis pris. Dire qu'une série de qualité est obligatoirement une série qui a une portée publique réduite, et affirmer que, si une série fait de l'audimat, c'est obligatoirement une " m... " faite pour le grand public est réducteur, péjoratif... et c'est ne pas comprendre comme marche la télévision. Dans l'autre sens, se fier au seul dieu Audimat pour y substituer un élément qualitatif, c'est un argument tout aussi réducteur et caricatural. La vérité, à mon sens, est entre les deux, donc, comme tout le temps, bien plus subtile.


Première base : ignorer l'audimat est une erreur. Il fait partie intégrante de la production d'une fiction télé dés sa conception. La télévision est en effet tournée vers le public et son but est de le rassembler. Les quantités et les types de publics peuvent varier, suivant qu'il s'agit d'une chaîne généraliste, thématique, payante, gratuite... mais TOUTES doivent être regardées dans les limites qu'elles s'imposent. Produire une série télé, c'est savoir dés le début que dans l'équation, on doit réunir une audience.
A la différence d'un film, qui poursuit le même but, mais peut être une erreur ou un échec, une série ne doit pas se dire que l'intégralité de ses épisodes vont être des échecs et que chaque semaine, personne ne viendra ! La répétition, format même d'une série, place la barre plus haut : non seulement il faut réunir une audience mais la garder chaque semaine, et pas uniquement pendant deux heures !
De façon plus pragmatique, le but des producteurs et des chaînes étant d'être financièrement rentable, avoir une bonne audience est indispensable. Cela, je le répète, même si on tient compte des critères différents suivant le type de chaîne.

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Deuxième point : l'audimat est-il le SEUL critère si l'on parle de qualité ? La réponse est sans hésiter : non. En cela, on peut schématiquement établir deux types de fiction.
Les premières, que j'appelle personnellement des séries " de confort ", peuvent aussi être assimilées à des séries de flux, de détente. Elles sont faciles, attrayantes, se doivent d'être simples à suivre (mais pas simplistes). Sans que rien de péjoratif ne soit associé à tout cela.
Apres une journée de stress et de travail, l'envie de se détendre devant une fiction rassurante existe, sans l'ombre d'un doute. Reposant sur des " ficelles " bien connues, on peut alors bâtir des séries que l'on sait efficaces, et qui vont réunir le plus grand nombre. Ce fut le cas - et cela l'est encore - pour bon nombre des héros des séries de 90 minutes de TF1, de JULIE LESCAUT à NAVARRO. C'est le cas pour bon nombre de séries policières américaines coulées dans le béton, comme NCIS et LES EXPERTS MIAMI. Un peu d'humour, de dépaysement, un côté carte postale. Une intrigue prenante mais pas alambiquée, de l'action, mais surtout pas trop de violence ni de situations moralement discutables. On est en plein dans la série B cinématographique...

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Vous l'avez remarqué, il n'y a aucune jugement de qualité qui est porté. Et c'est bien là le centre du débat : des séries faciles d'accès et de contenu peuvent, sans nul doute, plaire au plus grand nombre, tous sexes et âges confondus car elles sont faites pour cela. Mais des fictions un peu plus pointues - disons plus incisives - aux situations moins consensuelles et aux développements un peu plus complexes vont évidemment être un peu moins facile d'accès : elles vont demander une plus grande attention, une implication plus importante du spectateur qui va donc devoir s'immerger dans la série, et ne pas simplement en rester spectateur distant. C'est là où la série émeut, bouleverse, interroge... et, évidemment, réunit moins de spectateurs.
Souvenez-vous en France, la belle tentative de M6 avec POLICE DISTRICT de faire une série plus sombre, plus glauque, mais toujours policier. Les exemples sont très nombreux. Evidemment, en amateur de fictions, on a tendance à préférer ce qui sort du lot plutôt que ce qui entre dans le courant habituel... l'originalité à la répétition. Tout en sachant que cette originalité est, bien évidemment, moins assurée du succès d'Audimat que le format rodé et sans surprises.

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La bonne nouvelle est que la tendance semble s'inverser et que la facilité paye de moins en moins. La curiosité des nouveaux programmes joue à fond et permet le succès d'un 24 HEURES CHRONO, inconcevable il y a quelques années. Et encore, un succès sur le payant, et pas sur le gratuit en France.
Bien sûr, il y a des limites. Une production très austère sera sans doute trop difficile d'accès, mais souvent brillante au-delà de toute imagination. Mais là encore, le public réserve des surprises : qui aurait parié, aux USA, sur le succès public d'un WEST WING ? D'un CSI ?

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En fait, sans même aborder ce qui fait une bonne série, on comprend bien que la ligne entre audience et qualité est fine. Sans doute, on tombe plus facilement dans la facilité parce que l'on sait que la série va être efficace, presque à coup sûr. Mais on se rend bien compte que c'est une vision à court terme et pour ne pas être dépassé par le public qui change et qui découvre de nouvelles choses, il faut innover et tenter sans cesse des choses. Rester immobile, imaginer que tout est acquis parce qu'on fait un super-audimat, c'est la mort à petit feu et à moyen terme.

Lors d'un débat organisé durant les rencontres " Scénaristes en Séries ", un échange un peu vif a eu lieu entre scénaristes et journalistes de presse télé. L'argument massue qui était asséné était que les séries françaises faisaient des scores d'audimat formidables mais qu'il n'y avait que peu d'articles dessus. Un des journalistes (un ami...) a osé dire ce que nous faisons tous : nous préfèrerons écrire et attirer le spectateur vers une œuvre un peu différente et plus originale que les autres, plutôt que sur le énième épisode sans surprise d'une série consensuelle...
Outrage. C'est une honte... Faut-il cependant se souvenir que ces mêmes scénaristes étaient en colère contre le peu d'intérêt des épisodes qu'on leur fait écrire et rêvaient d'une fiction française plus innovante.
Pourquoi alors brandir l'audimat comme ultime réponse ?

Dans un prochain billet d'humeur, les bases ayant été posées, j'irais plus loin sur le sujet, en essayant d'explorer ce qui peut entraîner un bon ou un mauvais audimat, quelle que soit la qualité de la série : des stars attractives, du sexe, tout cela peut contribuer à attirer le spectateur... mais le jour et l'heure de diffusion et les sujets abordés peuvent aussi le faire fuir !
A suivre !


CREDIT PHOTOS :
Julie Lescaut : TF1
NCIS : CBS Paramount International Television
Police District : M6 / PUPPA
West Wing : Warner Bros International Television

18:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Julie

Commentaires

Je part du principe que si une série rassemble du monde, c'est parce qu'elle possède sans doute, quelque part, un truc intéressant, car je ne pense pas que tous les téléspectateurs soient des abrutis. Après, on aime ou on aime pas, mais ça n'a effectivement rien à voir avec l'audience. Quant au problème inverse qui est de considérer qu'une bonne série ne doit pas être mise entre toutes les mains (j'ai effectivement lu ça sur ce blog lors d'un précédent article), je me demande si ça ne m'horripile pas plus.

Par contre, en tant que grand fan de Lost ;-), je dois dire que je n'arrive pas à situer cette série vis à vis de ce billet :

Elle est diffusée sur un grand network aux USA, sur une grande chaîne ici en France (et dans de nombreux autres pays), elle rassemble toujours énormément de téléspectateurs (avant qu'on ne me tape dessus : oui, l'audience s'est érodée ^^ car série feuilletonnante... syndrome Twin Peaks... diffusion pas à la hauteur... effet de nouveauté aujourd'hui très loin... mais l'audience est toujours bonne, enfin ça sera sans doute le sujet du prochain billet tout ça), et pourtant elle n'est pas facile d'accès car il s'agit d'une série à suivre et qu'elle n'est pas diffusable en prime sans être censurée dans certaines de ses scènes.

Bref, ça n'est sans doute pas la seule série dans ce cas, mais c'est une série de qualité, qui malgré les problèmes liés au genre, réussit toujours à rassembler les téléspectateurs devant leur TV. Alors c'est vrai que c'est un débat compliqué ^^

Ecrit par : lost-island | 30 avril 2008

Euh... hum... bonjour !

Bref, je me sens un tout petit peu visée par le commentaire du dessus (qui visiblement me cherche, mais passons) et par le billet du jour...
Je ne suis pas une élitiste.
Moi aussi, j'ai mes petites séries de confort, mais j'aime la qualité. J'aime qu'une série me balance en pleine tête son intelligence, l'intelligence de ses scénaristes, de ses réalisateurs, la finesse du jeu de ses acteurs, j'aime en prendre plein les yeux, me poser des questions pendant des heures, j'aime en rêver la nuit, j'aime quand un programme continue à me hanter pendant des heures, oui, je suis exigeante, je fais partie de ce public difficile à contenter et que ça n'empêche pas de connaître l'intégralité des répliques de la Septième Compagnie.

Il se trouve que je travaille moi aussi dans le milieu de la télévision, et l'audience, c'est un sujet que je connais très bien.
La qualité n'a rien à voir avec l'audience, tout le monde s'accorde pour le dire. Et même que parfois, on a très envie de crier : "Bien au contraire !".

Oui mais non, ça ne marche pas à tous les coups, heureusement. Si l'audience n'est pas gage de qualité, loin s'en faut, la qualité peut être gage d'audience. J'ai un exemple tout trouvé sous les yeux puisque je viens de me replonger dedans avec un ravissement rarement égalé : House.
Je ne suis pas tellement ce qui se passe sur TF1, mais à ce que je sais, la série est montée en prime time (avec toutes les mutilations qu'on connaît). Or, avec BSG (qui est une série que je conseille à absolument tout le monde, y compris aux non-fans de SF et, ô surprise, aux gens qui ont moins de 140 de QI, car j'en connais, si si), House est pour moi l'une des séries les plus intelligentes actuellement diffusées.

House est une série qui a tout compris. Des dialogues tordants et bien cruels pour faire gondoler et libérer les gens fatigués de leur longue journée de boulot, une intrigue à part pour chaque épisode histoire que les téléspectateurs occasionnels y trouvent leur compte, et une intrigue de fond pour les amateurs de safari tels que votre humble servante qui donnerait cher pour savoir quelles horribles fées se sont penchées sur le berceau du spécimen House pour qu'il devienne un tel croûton dur, amer et rassis.

La totale, quoi.

L'exemple de The West Wing est également excellent, d'autant que contrairement à House, sur le papier, ça ne donnait guère envie de s'y mettre. J'en sais quelque chose, j'ai résisté pendant de longues années.

Je pense aussi que le public change. L'offre proposée est de plus en plus vaste, il faut faire des choix quant aux programmes qu'on veut regarder car malheureusement, ce n'est pas parce qu'on a plus de chaînes qu'on a plus d'heures pour les regarder.
D'autant qu'en amont, l'industrie tourne à plein rendement, et il faut prouver d'entrée de jeu que les programmes nouveaux-nés peuvent fédérer un maximum.

Bref entre les deux, en effet.

(J'espère vraiment que personne n'a cru un instant que je suis une fanatique aveugle qui croit que sa série préférée est formidable parce qu'elle est peu connue, c'est archi-faux. J'ai peut-être été maladroite dans mon commentaire, mais en ce qui concerne BSG, je sais très bien pourquoi la série reste dans une ombre relative : titre qui évoque de douloureux souvenirs, esthétique quelque peu rebutante de prime abord, mythologie brumeuse, gros robots qui grincent... ça n'aide pas.)

Au plaisir d'en reparler la prochaine fois...

Ecrit par : la sorcière | 30 avril 2008

Désolé de vous blesser dans votre égo !!! Ce n'est pas du tout à vous deux que je faisais allusions, quand je precise que ce billet m'a été inspiré par un commentaire de ce blog.

Regardez dans les commentaires récents, et vous allez trouver sans peine, d'autant plus que je précise mème dans une réponse que j'ai posté que "ça ferait un bon sujet pour un billet d'humeur" !

Alain.

Ecrit par : alain carraze | 02 mai 2008

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