« FORCE BLOG ! | Page d'accueil | CE QU'IL FAUT VOIR CETTE SEMAINE »

09 mai 2008

RECETTE POUR UN BON AUDIMAT !

Dans le précédent billet d'humeur, j'entamais le débat sur les relations séries télé et audimat en jetant les premières bases : l'ignorer, c'est se tromper ; trop s'y fier, c'est agir avec facilité !
Je vous propose d'avancer dans notre réflexion sur le même sujet et de voir ce qui peut assurer, pour une série, un bon audimat, et donc lui assurer, autant que faire se peut, une durée de vie la plus longue possible. Par opposition, nous verrons aussi les freins à cette audience, des éléments qui -surprise ! - n'ont pas toujours de lien avec la qualité intrinsèque de la série.


En préambule, ce sujet me fut inspiré par des messages assez vifs que vous pouvez lire - et sur lequel je vous exhorte à réagir - suite au sujet " LA FICTION FRANÇAISE M'A TUER ". L'argument-massue qui m'était alors lancé était que de nombreuses fiction françaises font une excellente audience (ce qui est vrai) et que cela interdisait donc toute critique de la fiction française dans sa globalité ! C'est d'ailleurs aussi, comme je vous l'ai raconté, ce que des scénaristes de fictions françaises, extrêmement remontés contre des journalistes, nous ont asséné comme vérité ultime pour nous convaincre d'écrire de long articles sur JOSEPHINE ou FEMMES DE LOI...

Dans le billet précédent, j'avais aussi fait la séparation entre des séries " de confort " et d'autres, qui exigent un peu plus d'attention et d'implication. Vous allez constater que les unes comme les autres peuvent avoir une bonne audience car les " recettes " qui peuvent assurer le succès sont communes.

932e3ec8377cb64bb3579384167eb50d.jpg


1er élément : vos héros, uniques ou chorales, se doivent d'être attractifs. Je veux dire qu'il doivent plaire. Ne nous voilons pas la face, et soyons francs : le charisme et la beauté des personnages va être le premier déclencheur. C'est évident. C'est comme ça. La première photo va vous donner envie de voir, un peu, le programme, parce que son héroïne est plutôt pas mal ou que le héros est franchement craquant. La liste est longue et je ne veux vexer personne, mais de Wentworth Miller à Eva Longoria, de Corinne Touzet à Vincent Perez, il faut avouer qu'ils ne sont pas moches ces gens-là ! De même, le charisme des personnages dans des séries plus établies, comme NAVARRO ou JOSEPHINE ANGE GARDIEN, joue à fond. Bruno Volkovitch, par sa stature, a lancé P.J. tout comme David Caruso a attiré les spectateurs dès le premier épisode de NYPD BLUE ! Evidemment, il y a des contre-exemples... Mais, regardez bien : un ingrédient important dans une série qui serait perçue comme plus " difficile " reste d'avoir un acteur ou une actrice attirante. Poppy Montgomery irradie dans la très sombre FBI PORTES DISPARUS. Avec Matthew Fox, Evangeline Lilly et Josh Holloway, LOST a un sérieux atout pour séduire d'emblée le public le plus large. Par contre, HEROES peine à avoir la même attractivité, malgré Milo et Hayden ! Evidemment, cela ne suffit pas pour expliquer le succès ou l'échec auprès de l'audience. Mais cela y contribue, c'est in-du-bi-table !
Notez que j'évoque ici les acteurs ou actrices attirantes, mais pas leur degré de notoriété. Dans le domaine des séries, on a eu maintes fois la preuve qu'avoir une super-star n'assurait pas le succès, semaine après semaine, de votre fiction. Beau et inconnu, voilà ce qu'il faut pour séduire la " ménagère " !


2ème élément : l'efficacité du concept. Là encore, il faut bien se souvenir que le but est de faire venir le spectateur qui a autre chose à faire et d'autre chaînes à voir, et de le convaincre de s'arrêter sur quelque chose qu'il ne connaît pas... Et surtout qu'il ait envie de revenir la semaine suivante. Dans les années 60, la plupart des pilotes, épisodes simples ou téléfilms, étaient connus pour bénéficier d'un budget bien plus important et pour tout balancer, quitte à serrer les boulons par la suite et à ne pas tenir leur promesse initiale. C'est moins le cas de nos jours, car le spectateur averti ne se fait plus piéger de la même façon. N'empêche qu'il faut vite, très vite, piger le concept de la série. Des enquêteurs scientifiques. Des amis qui partagent un appart'. Des avocats face à des cas extrêmes. Une patrouille du cosmos qui avance vers l'inconnu. Un meurtre inexpliqué dans une petite ville bizarre... A ce titre, le pilot de LOST, avec son crash d'avion stupéfiant et sa phrase finale (" Les gars, où sommes-nous donc tombés ? ") est l'exemple parfait de l'accroche réussie. Il n'y aura pas un crash dans chaque épisode mais les effets pyrotechniques disséminés dans les bandes-annonces ont attiré le chaland qui s'est fait ensuite prendre au suspense. Idem pour le premier épisode de DESPERATE HOUSEWIVES qui nous dépeint de façon efficace toutes les femmes de Wisteria Lane, et se termine par une question...
A l'inverse, une série qui met du temps à " démarrer " et à lancer sa trame qui n'est pas initialement claire, court à la catastrophe.

Il est d'ailleurs de plus en plus répandu de lire ça et là que le " pilot " ne veut rien dire, qu'il faut attendre la suite. C'est peut être vrai en terme d'approfondissement de l'histoire, mais cela reste absolument faux si on veut " vendre " sa série au téléspectateur ! D'ailleurs, le pilot a aussi été commandé par la chaîne dans le but de lui " vendre " un concept qui n'a été jusqu'alors que " pitché " et écrit. On doit accrocher, sentir les développements possibles, susciter désir et suspense... et cela dès le début !

3ème élément : la constance. Une nouvelle fois, rappelons qu'une série n'est pas film, et la qualité la plus difficile est de répéter cet intérêt semaine après semaine, saison après saison. Le public est volatil et déjà, il ne va pas regarder systématiquement tous les épisodes, ce qui est prouvé par le succès des rediffusions. Mais, avec la concurrence effrénée entre les chaînes et la grandes qualité des programmes sur les autre chaînes (américaines, françaises et autres), il devient essentiel de ne pas décevoir. Un épisode mauvais, un deuxième... et votre public ne revient plus. On peut aussi rapprocher ce risque aux situations trop extrêmes, du genre " jump the shark ", où le public se sent tellement rejeté par une trame trop outrancière qu'il ne reviendra plus jamais ! Tout les soaps de soirée, de DYNASTIE à MELROSE PLACE, ont connu ces moments-là. Il est donc essentiel d'avoir toujours une histoire forte, une interprétation constante. Le danger approche d'ailleurs quand des acteurs abandonnent la série, quand de nouveaux producteurs succèdent aux autres. Ces dernières années, on a d'ailleurs remarqué que de très nombreuses séries à succès se vautrent lamentablement durant leur saison 2 (DESPERATE HOUSEWIVES, PRISON BREAK, LOST, HEROES...), mais ceci est une autre histoire que nous aborderons une prochaine fois. Enfin, la constance n'empêche pas des épisodes spéciaux, hors-normes, voire même avec un guest exceptionnel, mais une série doit reposer sur une base solide.

3a336f70795390dbe318fe5ba9f76408.jpg



Enfin, les éléments les plus dangereux pour le succès d'audience d'une série sont extrêmement triviaux mais bien réels : le jour de programmation est crucial. L'heure où la série est diffusée aussi. Cela va sans dire, mais une série ne peut rencontrer son public que si le public à qui elle est destinée est devant sa télévision à cette heure là, ce jour-là ! C'est aussi pour cette raison que plus aucune production originale n'est programmée sur les grands networks américains le samedi soir et que le vendredi soir prend le même chemin. Les séries plus " complexes " sont plutôt programmées vers 22h, les comédies réjouissantes vers 20h ! Un autre élément qui n'est pas encore devenu crucial en France est le danger du changement de jour de diffusion. Aux Etats-Unis, de telles modifications sont très souvent accompagnées d'une campagne promo annonçant la nouvelle heure et le nouveau jour. L'idée de perdre son public, parce que il ne va pas vous suivre, est importante. La fidélisation n'étant pas essentielle sur nos chaînes hertziennes françaises, on passe du lundi au mardi sans trop de soucis.

9ba4f2f9c2f5e963ee9916b4d2cde6ab.jpg


Tous ces éléments, vous le constatez, sont assez généraux. Ils s'adaptent autant à une série policière classique, du genre LAW & ORDER (qui a connu une hausse de son audience quand des personnages féminins ont été ajoutés, sans oublier la présence d'un Benjamin Bratt...) qu'à une série plus complexe, du genre BATTLESTAR GALACTICA (Tricia Helfer...). En fait, la très grande différence sera dans le fond même de la série : certaines garderont un style plus superficiel, léger et facilement accessible, d'autre vont, certes, bien veiller à attirer le public via les éléments cités, mais cela ne sera que " cosmétique " face au fond, au sujet de la série : profondeur des personnages, trames intrigantes, sujets pertinents, traitement sans concession... Des exemples ? THE SHIELD, bourré d'idées perturbantes sur la police et la protection, mais qui se " vend " avec de l'action des coups de pétard et de la bagarre. NIP/TUCK qui, à ses débuts, alliait le racoleur de ses opérations trash, du sexe débridé, des comédiens gravures de mode et une analyse approfondie de leur personnalité et du factice de notre société. Exemple ultime : LE PRISONNIER. En 1968, Patrick McGoohan est une star adulée, désirée et au charisme certain. Le concept du Village et de l'évasion du Numéro 6 sont intrigants à souhait. Efficace, la série est très rythmée, avec au moins une bagarre dans chaque épisode. La deuxième couche, à l'intérieur de ce bel emballage, avait par contre de quoi dérouter.

0ffce031551fb4f341f61d696d4cf6b1.jpg


Vous le voyez, ce n'est pas toujours infamant de faire de l'audience. Le tout est de savoir jouer avec ces règles et de respecter son audience, justement.


CREDITS PHOTOS :
NYPD Blue : 20th Century Fox Television
Dynastie : CBS Paramount International Television
Battlestar Galactica : NBC Universal
Le Prisonnier : Granada

Commentaires

le soucis c'est que la seule réponse qui me vient est : certes...

Mais Caruso attirant? charismatique ? Mouais.. m'enfin c'est surtout pas le cas de Mimie ou Roger Hanin. Ils sont surtout représentatifs d'ne personne "next door", ils ressemblent à tout le monde (enfin je passe sur Joséphine...).
Après les arguments, les raisons exposés, sont trés intéressantes, vraies et impartiales. Veronica Mars est jolie... mais mal programmée sinon ca marcherait.

Ecrit par : lemartien | 09 mai 2008

Ecrire un commentaire