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16 mai 2008
EH MEC, ELLE EST OÙ MON AUDIENCE ?
Apres avoir étudié l'impact et l'importance de l'audience sur la vie d'une série, les moyens d'en avoir et la manière de ne pas y rester attaché, je comptais partir sur un autre sujet cette semaine. Mais le dernier numéro de TV GUIDE a enfoncé encore un peu plus le clou de cette dure réalité, cet équilibre entre créativité et recherche d'audience. Apres avoir confirmé l'analyse du magazine américain à l'aide de quelques chiffres récoltés les semaines passées, on doit bien se rendre à l'évidence : l'audience des séries est en chute.
Après vous avoir dit cela, je pourrais en rester là et vous quitter dans l'horreur absolue d'une vision catastrophique... L'audience s'écroule. Les séries sont quasiment toutes annulées. C'est la disparition des fictions télé. Plus de LOST, de GREY'S ANATOMY ou de DR HOUSE. Les 10 derniers épisodes de BATTLESTAR GALACTICA ne sortiront qu'en vidéo et la saison 3 de DEXTER part directement à la poubelle. Marc Cherry devient producteur d'un jeu télévisé, David Milch part en Alaska pour écrire des livres et JJ Abrams abandonne STAR TREK (...quoi que, pour ce dernier exemple, ça serait peut être une bonne chose !).

Mais non, allez ! Retrouvez le sourire ! On n'en est pas là ! La réalité est, certes, alarmante mais aussi plus nuancée que l'avenir apocalyptique que je viens de vous décrire.
Depuis leur retour sur les antennes américaines mi-avril, la grande majorité des séries a accusé une baisse notable de leur audience, non seulement par rapport aux chiffres qu'elles faisaient il y a encore quelques mois, mais surtout en comparaison des chiffres obtenus l'année dernière à la même période.
C'est une chute d'en moyenne 25 % pour des séries du Top 10 comme LES EXPERTS et DESPERATE HOUSEWIVES. C'est 24 % d'audience en moins pour UGLY BETTY, et c'est seulement 19 % en moins pour URGENCES. Mais la série est déjà bien basse, en dernière position le jeudi soir, avec entre 7,6 et 7,4 millions de spectateurs.
GREY'S ANATOMY a d'ailleurs atteint son chiffre le plus faible depuis sa création, avec 16 millions de téléspectateurs en moyenne.
LOST dégringole aussi, passant de 12,4 à 11,7 puis 11,2...
FBI PORTES DISPARUS arrive à 14,6 millions, mais c'est après être descendu à 12,8 !
Alarmant et étonnant, ces chiffres sont bien là, indiscutables. Si l'avenir de ces séries à succès n'est pas remis en cause, c'est principalement parce que, pour l'instant, on met cette chute sur le compte d'une situation ponctuelle et exceptionnelle. Le vrai frisson, ce sera pour la rentrée. Chacun retient son souffle.

En effet, il s'agit là du retour à l'antenne d'épisodes frais après des semaines de grèves. Je vous l'avais montré, ce retour à l'antenne d'épisodes nouvellement écrits et tournés s'est accompagné de numéros spéciaux des magazines tels que Entertainment Weekly et TV Guide, claironnant le retour des séries. On aurait donc pu s'attendre à un retour en force des audiences avec un public en manque qui se précipite enfin sur sa série préférée.
Il n'en est donc rien, et c'est même l'inverse qui s'est produit : certains spectateurs ne sont pas revenus du tout.
Si l'on pousse l'analyse plus loin, en la rapprochant du précédent billet, j'évoquais la difficulté pour un public de télévision de s'accoutumer à un changement d'horaire ou de case après des années de fidélisation : même jour, même heure, même chaîne. C'est à priori le même phénomène qui joue ici. Le public américain s'est éloigné de ses écrans et ne savait pas que son programme était de retour. Volatil, sollicité, le public dans une grande majorité ne suit pas avec la même ferveur les programmations, tombe sur une chaîne et zappe sur une autre... et s'il perd l'habitude du jeudi ou du mardi soir devant CBS ou FOX, il ne va pas la retrouver aussi facilement.
L'article de TV GUIDE met aussi en avant une autre raison de cette chute d'audience : le nombre croissant d'américains qui utilise un enregistreur numérique pour sauvegarder ces programmes et les regarder plus tard. La hausse des foyers équipés est significative : 24 %. Quand les chiffres de ces enregistrements arrivent, la plupart des séries, et surtout celles qui sont à suivre, gagnent jusqu'à 2 millions de spectateurs.
Si je pense personnellement que cette dernière explication n'a rien à voir avec cette chute sur 3 mois, on peut aller au-delà des simples évaluations.
Pour reprendre les arguments que nous avons déjà développés, il est clair que ce n'est pas la qualité de ces épisodes qui est en cause. Bien au contraire. Ici, c'est uniquement les habitudes du public qui sont à la base de cet effondrement étonnant. Il prouve ainsi que, même avec un public exigeant, habitué à la qualité et réceptif à une bonne fiction, le poids de la fidélisation, du rendez-vous régulier, de l'habitude et de la confiance est toujours énorme. Pour ce public américain habitué au découpage par saison depuis 50 ans, aux attentes de l'été, aux sacro-saintes semaines de rentrée, perdre ses repères c'est se détourner un peu ! Etonnant, non ? On avait déjà connu ce rejet du public avec les trop longues attentes entre deux demi-saisons de LOST, avec les longues semaines de rediffusion qui font perdre du public, à tel point que les programmateurs prônent maintenant des diffusions par bloc (septembre-décembre, puis février-mai par exemple) plutôt que d'étaler la confiture 9 mois durant. C'est particulièrement vrai pour les séries purement feuilletonnantes, qui n'acceptent pas les rediffusions intercalées entre des inédits !
On connaît aussi ce phénomène avec des séries nouvelles, à qui il faut impérativement laisser du temps pour s'installer et créer ainsi un rendez-vous auprès du public. Là, le phénomène est plus fort, plus marqué. Et toutes les diffusions parallèles du monde (catch up, DVD...) n'y feront rien.
On sent moins ce phénomène en France puisque la fidélisation est quasi-inexistante. Les séries se baladent dans la grille, changent de jour, restent 3 mois puis disparaissent une année durant... N'empêche que la longue absence de l'antenne, loin de créer l'attente, fait souvent retomber le soufflé. Pour un large public, bombardé de nouveautés, l'engouement du jour sera vite oublié le lendemain si une nouveauté surgit ! Rares sont ceux qui - comme nous - essayent de TOUT voir, ou en tout cas le plus possible : on passe plus souvent d'une série à une autre et la ferveur d'un LOST peut s'effilocher, surtout quand l'excitation d'un tout nouveau PRISON BREAK survient. Et cela est d'autant plus vrai si LOST se fait oublier pendant presque une année entière.
Au final, ces chiffres marquent donc le fossé qui existe entre les passionnés, les " accros " qui attendent et vont suivre avec ferveur leurs séries favorites, et le grand public, qui les apprécie mais qui ne va pas aller à leur recherche. Loin des yeux, loin du cœur. Ces deux publics doivent co-exister, pour assurer ni plus ni moins que la rentabilité financière de l'entreprise.
En conclusion, ces trois billets d'humeur successifs vous ont, je l'espère, fait toucher du doigt que l'incroyable richesse d'une série est de savoir être à la fois une oeuvre passionnante et enrichissante, et aussi un " produit " attractif et vendeur. Pour ma part, c'est cette dualité qui fait que j'ai le plus grand respect pour la plupart des showrunners américains, qui savent user des règles et contraintes pour y faire passer leurs idées. Chapeau !
CREDIT PHOTO :
Les Experts : CBS Paramount International Television
Grey's Anatomy : Buena Vista
11:22 Publié dans Humeur du jour | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : BATTLESTAR GALACTICA, LOST, GREY'S ANATOMY, UGLY BETTY, LES EXPERTS, DESPERATE HOUSEWIVES, DEXTER
Commentaires
Les séries devenant feuilletonnantes, elles ont poussé les chaines à adapter un style de diffusion aussi. Quand on voit que CSI en redif marche trés bien et meme mieux qu'un épisode redif de Grey's anatomy, on peut réfléchir.
La diffusion trois mois aprés de la suite de la saison n'a jamais marché ! Premeir exemple qui me vient à l'esprit est X-Files. Saison 8 épisode 14, Mulder est découvert mort. Hop on fait une pause.. et au final personne n'est revenu en masse.
Et c'est comme ça à chaque pause pour toute série.
Donc les diffusions en bloc oui, mais pour les séries à feuilleton.
Ecrit par : lemartien | 16 mai 2008
Petite hypothèse!
Est ce que la télé ne subit pas de plein fouet la concurrence avec des secteurs en plein expansion comme le jeux vidéo et internet?
Le public, d'après ce que j'ai compris du billet ne semble pas s'être reporter sur d'autres chaines puisque la plupart des grandes fictions sont touchées.
La Wii, Guitar Hero, Call of Duty 4 et maintenant GTA 4 cartonnent auprès du public américain! Dans la mesure où le temps n'est pas extensible, c'est la télé qui trinque!
Ecrit par : fabnol | 16 mai 2008
Je pense surtout que comme dit dans le billet, il y a beaucoup d'enregistrement et meme s'ils sont minimes par rapport à la chute naturelle des audiences, cela motnre bien que le telespectateur d'aujorud'hui ne veut pas simplement regarder un épisode par soir mais s'en faire plusieurs d'affilée comme il est courant aujourd'hui....
Ecrit par : lemartien | 16 mai 2008
Il est certain que les mœurs des téléspectateurs ont évolué et les méthodes de recensement de l'audience n'ont pas suivit. Bien sur, comme le dit Alain, ça n'explique certainement pas tout, mais je suis convaincu que ces nouveaux moyens de regarder les séries télé commencent à fortement influencer les résultats d'audiences.
A ce sujet, voici une vidéo dans laquelle on voit Carlton Cuse, l'un des deux showrunners de Lost, expliquer ce qu'il pense des Nielsen Ratings (c'est au début de la vidéo), avec quelques chiffres édifiants à l'appui :
http://www.dailymotion.com/swf/x5aspf
Ecrit par : lost-island | 16 mai 2008
A mon avison verra comment évolue ce (triste) phénomène à la rentrée, parce qu'après cette grève des scénaristes c'est un peu compliqué d'être sûre d'où vient le problème.
Mais c'est vrai que c'est peut être un phénomène qui apparaît avec les nouvelles technologies (enregistrement numérique).
La grève des scénaristes n'a t elle pas eu aussi un impact direct sur la qualité des scénarios des séries? Perso je peux pas émettre d'avis sur cette question car je n'ai pas pu voir d'épisodes de mes séries favorites post grève des scénaristes. Je verrais bien plus tard.
Ecrit par : elegy | 19 mai 2008
M'enfin quand on voit la qualité de cette saison... ceci explique celà ^^ dans toutes les séries que je regarde, aucune n'a vraiment été excellente cette année.
Ecrit par : lemartien | 19 mai 2008
Je me marre car les chaines et les studios ont voulu le bras de fer avec les scénaristes et porte la responsabilité de la durée de la grève. Non seulement ils ont dû céder mais en plus ils ont dérangé les habitudes des téléspectateurs et maintenant, ils doivent ramer pour les inciter à revenir.
Ce doit-être ça, le 2e effet Kiss-Cool. ^^
Ecrit par : zaitchick | 30 mai 2008









