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03 juillet 2008

LES DEPROGRAMMATIONS

Il y a quelques jours, " Télé 2 Semaines " sortait, sous la plume de Vincent Rousselet-Blanc (avec lequel je travaille), une enquête sur les déprogrammations sauvages de séries et leurs conséquences sur le téléspectateur. Loin d'aligner uniquement les sujets de mécontentement, l'article fournit des arguments et des réponses.

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Concernant la déprogrammation de la génialissime FRIDAY NIGHT LIGHTS, le directeur de NRJ12 précise que la série ne réunissait que 100 000 spectateurs, alors qu'un prime-time chez eux " représente 250 000 à 500 000 téléspectateurs ". La saison 3 de PRISON BREAK, programmée trop près de la diffusion américaine et qui a dû s'interrompre deux fois ? M6 avoue " avoir fait un pari, ça n'a pas marché " en raison du retard de livraison des épisodes.

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Mais globalement, toutes les suppressions de séries à trois épisodes de la fin sont toujours dues à une seule raison : l'audience insuffisante.

Analysons un peu les choses. La télévision fonctionne par coup de grille et donc en coût de cases. C'est à dire qu'une case horaire va coûter un certain prix : le programme que l'on va y mettre (show, fiction, télé-réalité...) a lui aussi une rentabilité déjà bien établie. On sait ce que la case peut rapporter en terme de coupures publicitaires. Légitimement, on comprend donc que le programme doit coûter moins cher que ce que la case va rapporter. Sinon, on perd de l'argent. C'est mathématique, et indiscutable.
Qui dit publicité dit, évidemment, variable : suivant l'heure, suivant la demande, il y aura plus ou moins de publicité et le spot coûtera plus ou moins cher.

La panique s'installe quand le programme diffusé ne fonctionne pas, ne draine pas la quantité de public espérée généralement à cette heure-là. La publicité diminue ou perd de sa valeur initiale. Quand on se rapproche dangereusement du coût de la case, on se doit de réagir, et vite. On est alors en plein " accident industriel ". L'article de " Télé 2 Semaines " nous rappelle que la loi donne la possibilité aux chaînes de changer en catastrophe leur programme quand il y a une contre-performance d'audience, définie de manière précise : " la part de marché est inférieure de 15% à la part de marché moyenne de la même case, le mois précédent ". Voila qui est clair.

Mais, évidemment, le spectateur n'a pas à rentrer dans ces considérations. Interrogés par le quinzomadaire, 604 lecteurs estiment qu'une saison doit cependant être conclue, même si l'audience n'est pas au rendez-vous, par respect du téléspectateur. Plus important : la programmation anarchique des séries, décalées, repoussées et différés, incite le téléspectateur à ne pas reprendre le fil de la série quand elle est de retour !
Par-là, on saisit bien la façon de réagir du public qui, dans sa grande majorité, est volatil et va trouver ailleurs la distraction qu'il recherche : une autre série, un autre programme, si le sien lui vient à manquer.

Et c'est le mode de diffusion français tout entier qui est ainsi clairement mis à l'index : avec la diffusion par deux épisodes, les attentes entre chaque saison ont toujours été très longues (8 à 9 mois), diluant ainsi la fidélité du spectateur. Exception faite des séries non-feuilletonnantes, qui peuvent se saisir à tout moment et qui ne sont pas suivie avec la même intensité qu'un LOST ou qu'un 24 HEURES CHRONO. Le téléspectateur ne va pas suivre TOUS les épisodes de FBI : PORTES DISPARUS ou des EXPERTS et les rediffusions marchent donc, pour ainsi dire, autant que les inédits.

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Alors, allons plus loin. N'y a-t-il que le très moyen JERICHO ou la décevante COMMANDER IN CHIEF qui sont visées par ces diffusions anarchiques ? Si MELROSE PLACE disparaît des grilles matinales de La Une, la chaîne TMC, elle, revient souvent en arrière, repassant à la saison 3 alors qu'elle en terminait la sixième ! La sitcom LES SAUVAGES, qui ne compte pourtant qu'une poignée d'épisodes, est archi-multi-rediffusée en boucle depuis les débuts de Europe 2 TV devenue depuis Virgin 17 ! Un exemple des boucles sans fin que l'on trouve sur la grande majorité des chaînes du câble, du satellite et de la TNT. Négociées pour un très grand nombre de diffusions, ces séries remplissent les trous et arrêtent le téléspectateur-zappeur. Difficile alors de trouver une logique de diffusion, une case fixe, un suivi dans les épisodes. Le but est tout autre. Cela explique donc que des productions comme FRIENDS ou LES SIMPSON soient particulièrement appréciés par ces chaînes.

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Et aux USA, me direz vous ? Respect pour le spectateur, diffusion dans l'ordre... tout ce dont nos chaînes françaises nous privent ? Même pas.

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On ne compte plus les séries stoppées après quelques semaines de diffusions, voir après une seule soirée. Souvenez-vous des catastrophes récentes que furent VIVA LAUGHLIN et QUARTERLIFE. Tous les ans, des séries sont retirées de l'antenne alors que des épisodes ont été tournés et sont en boite, les fameux " unaired " qui font le bonheur des chaînes étrangères. SMITH, SIX DEGREES, BLACK DONNELLYS, DRIVE... la liste est extrêmement longue. Dans le passé, ces épisodes étaient quelquefois diffusés durant l'été, sans que personne n'y prête attention. Ça ne date d'ailleurs pas d'aujourd'hui puisque l'ultime saison du DREW CAREY SHOW avait été bazardée en plein été par ABC, quasiment 1 an après la saison précédente ! Maintenant, on les trouve quelquefois sur les sites web des chaînes, comme ce fut le cas avec DAY BREAK...

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Là encore, le constat est le même : on préfère sacrifier des épisodes dont le coût s'élève à près de 3 millions de dollar, que de les diffuser tant l'audience est faible et tant maintenir une diffusion fait perdre de l'argent !

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Le summum a été atteint il y a deux saisons, avec plusieurs séries à la trame feuilletonnante. REUNION ne connut aucune fin, aucune résolution à l'énigme qui, pourtant, était son centre narratif. VANISHED et KIDNAPPED furent sorties de l'antenne et finirent sur le site web de leur chaîne. On est en plein non-respect des téléspectateurs, d'autant plus que ces séries reposaient beaucoup sur l'idée d'un " payoff ", une résolution finale. Déjà, il y a quelques années, je m'étais posé la question avec JOHN DOE : faut-il brûler la série ? Plus sérieusement, fallait-il que M6 la diffuse, sachant sciemment qu'elle n'avait pas de conclusion ? Certes, les Américains travaillent en "flux tendu", décidant semaines après semaines et tournages après tournage de la suite à donner à leurs séries. On peut donc, à la limite, comprendre un peu mieux les arrêts et surtout que des épisodes de conclusion ne puissent pas être tournés quand l'épée de Damoclès s'abat sur la série. Trop tard : la saison est terminée, les acteurs sont partis sur d'autres projets et les décors sont détruits.
On comprend moins quand une chaîne étrangère la diffuse des mois plus tard, sachant parfaitement qu'elle expose ses spectateurs a une frustration totale. Dans le cas de JOHN DOE, cela n'a pas empêché son succès, qui s'est même poursuivie avec de nombreuses rediffusions. Même prévenu, le public y revient !

Plus saignant, plus intransigeant, plus cassant, les Américains font donc bien pire que nous quand ils mettent fin à une série qui n'intéresse " que " 3 millions de téléspectateurs. Mais ce qui ne noircit pas le tableau pour autant, c'est l'incroyable vivacité, le bouillonnement créatif, les tentatives qu'ils n'hésitent pas à faire, et donc de profiter d'un système impitoyable et d'un business sans état d'âme pour continuer de créer des séries hors-normes et dérangeantes. Appelons donc cela des dommages collatéraux.

A cela, certaines chaînes françaises ont trouvé des solutions. En 1968 déjà, la Deuxième Chaîne AU CŒUR DU TEMPS diffuse un court extrait d'un épisode inédit laissant à croire que Doug et Tony réintégrait notre époque ! Pour MODELS INC, Série Club retrouve des scènes coupées inédites qui forment une conclusion au dernier épisode : ses scènes avaient en fait été tournées par la production avant de savoir si la série serait renouvelée ; finalement, elles n'avaient pas été intégrées au montage diffusé aux USA... mais la série fut tout de même arrêtée. Plus récemment, TF1 a coupé certaines séquences du dernier épisode de SURFACE pour que les téléspectateurs ne soient pas frustrés par les nouvelles intrigues lancées mais jamais résolues.

CREDITS PHOTOS :
Friday Night Lights, Black Donnelys : NBC Universal
Prison Break : Fox Television
Jericho : CBS Paramount International Television
Commander in Chief : Disney ABC International Television
Viva Laughlin : Sony Pictures International Television
Reunion : Warner Bros International Television

Commentaires

Bonjour Alain,

Je trouve vos points de vue réellement intéressant et bien sur très pro! je suis actuellement en train de faire un mémoire sur les série américaines, et je me demandais à tout hasard si vous étiez prêt à répondre à quelque question, qu'on parle plus en profondeur sur les séries? Le mieux serait de nous rencontrer ou si vous refusez ce que je comprendrais fortement, que l'on se contacte par mail ou téléphone. Je vous laisse mon mail personnel: slefils@hotmail.fr.

Ecrit par : sarah19 | 03 juillet 2008

Qu'on arrête la diffusion d'une série parce qu'elle ne fonctionne pas, c'est tout à fait justifié et tout le monde peut le comprendre.

Par contre, que la chaîne n'offre pas une alternative afin que les fans puissent tout de même voir les derniers épisodes (ex. Jericho sur M6 qui a été stoppée à 2 épisodes du final !), c'est un manque total de respect et c'est pour moi quelque chose d'impardonnable.

Toutes les chaînes de télévisions possèdent aujourd'hui une plateforme web donc ça ne devrait plus arriver, et même sans utiliser ces nouveaux moyens de diffusion, qu'on ne vienne pas me dire que les chaînes ne peuvent pas diffuser les derniers épisodes d'une saison tard le soir ou à un autre horaire que le Prime Time !. Avec cela, les fans trouveraient alors une "consolation", et d'un point de vue commercial, je crois que c'est essentiel.

Après, il y a l'arrêt des productions aux USA et je n'arrive pas à comprendre pourquoi celles-ci n'intègrent toujours pas (parcequ'on fait des séries depuis longtemps) un budget bloqué, dès le départ, pour permettre le tournage d'un épisode, ou même de quelques scènes, afin d'offrir une sorte de "conclusion". Encore une fois, les téléspectateurs étant des clients, je trouve que d'un point de vue commercial, si on considère uniquement l'aspect "entreprise privée" d'une chaîne de télévision ou d'un studio, l'arrêt brutal d'une série ne peut que leur porter préjudice si rien n'est fait pour contenter leurs clients.

Ecrit par : lost-island | 03 juillet 2008

Dans la très grande majorité des cas, l'arrêt d'une série se passe avec les contraintes suivant.
- L'arrêt est prématuré. C'est une évidence de dire cela mais une série est faite pour durer et une nouveauté, si elle est arrêtée, c'est toujours "en catastrophe", une fois les 9 premiers contractuellement produits. Il y a donc un très gros sentiment d'échec, de gachis. C'est un élément psychologique dont il faut tenir compte.
- Si la série est arrêtée, c'est qu'elle ne fait pas assez d'audience. donc qu'il n'y a pas assez de gens qui la regardent. On en conclue donc aussi qu'il n'y aura pas plus de gens qui regarderont un dernier épisode spécial de conclusion ! Ca parait logique. A partir de là, à quoi bon ? Pour une poignée de téléspectateurs ? Il en y aura toujours un certain nombre a suivre la série. Mais es-ce suffisant ? C'est discutable... C'est exactement en ces termes que nous avait répondu un grand producteur, au lancement d'une série feuilletonnante, et à qui nous avions posé cette question.
- Concrètement, quand la série est annulée, la production est déjà terminée. Les décors sont quasi-détruits, les scénaristes sont sûr d'autres projets, les acteurs ont signés ailleurs. C'est aussi une question de survie pour eux car il n'y a pas d'assurance chômage. Il faut vite, très vite , trouver un autre job. ce qui est très diffi ile quand on est en pleine saison et que tout est déjà blindé, ou quand tout les projets sont déjà conclu. Donc, dés les premiers signes avant-coureur d'un arrêt possible, tout les intervenant appellent frénétiquement leur agent artistiques pour leur demander de leur trouver un autre job !

Résultat : si quand bien même on aurait les moyens pour tourner un ultime épisode, faudrait t'il encore être persuadé qu'il y aura des spectateurs pour le regarder, des scénaristes pour l'écrire et des acteurs pour l'interpréter !!!! Dans la grande majorité des cas, c'est trop tard et donc c'est non.

Ecrit par : alain carraze | 03 juillet 2008

C'est sur que c'est compliqué. Mais ce que je voulais dire c'est que si c'était contractuel, avec un budget prévu pour dès le départ, et donc que ces scènes supplémentaires (sans aller jusqu'à un épisode complet), étaient tournées en même temps que les épisodes de la saison ça serait un "plus" indiscutable d'un point de vue commercial... pour la suite. L'exemple de "Model INC" est intéressant.

Car tu l'as rappelé, les séries annulées aux USA peuvent aujourd'hui trouver un nouveau mode de diffusion après la retransmission TV, que ça soit en VOD (gratuite ou payante) ou en DVD, sans compter les diffusions à à l'étranger. Je trouve que pour promouvoir ces séries dans cette optique, annoncer qu'elles auront une "conclusion" est important. Personnellement, je préfèrerait une fin préparée, même "ouverte" à un arrêt brutal à la "John Doe".

Après, il reste effectivement à savoir si le coût d'adaptation de cette éventuelle "fin" en vaut la peine s'il n'arrive pas à être amortit par la suite. J'aimerai savoir si tu as des exemples de séries ayant plutôt bien fonctionné en DVD ou à l'étranger alors que ça a été une catastrophe aux USA ? J'avoue que ça m'intrigue...

Ecrit par : lost-island | 04 juillet 2008

il dit :
"C'est sur que c'est compliqué. Mais ce que je voulais dire c'est que si c'était contractuel, avec un budget prévu pour dès le départ..."

Et si ma grand mèere avait eut des xxxx, on l'aurait appeklé mon grand père ! cela dit en toute amitié !!!

Encore une fois : a quoi bon une close risque d'etre impossible à exercer et qui ne rapportera rien au final ?

Il y a toujours eut de nombreuses séries qui échouent aux USA mais marchent ailleurs. cela ne change cependant rien au fait que de tourner un épisode de fin est, pratiquement et financièrement, extrêmement improbable pour toute les raisons que j'ai cité.
N'oubliez pas que réexploitation étrangère des séries , certes, est devenue importante pour leur équilibre financier, mais pas au point de la "ressusciter" pour un unique épisode qui ne trouvera nulle part de place dans une grille !
Les seuls exemples sont très récents : devant la forte menace de chaînes étrangères a refuser les séries feuilletonnantes si elles n'étaient pas conclues, "vanished" et "Kidnapped" ont été terminés, mais la série était en cours de production quand les audiences catastrophiques des premiers épisodes sont tombés et que l'ordre d'annulation a été donné.
Regardez a quel point cela a été difficile de faire les téléfilm Cameleon, censés clôturer la série . Plus personne n'est sous contrat (ni devant ni derrière la caméra), l'intérêt disparaît progressivement, l'audience est loin d'être assurée, au contraire...

Ecrit par : alain carraze | 04 juillet 2008

Mr Carrazé,
Je vais revenir sur une série plus ancienne, à nouveau déprogrammé... The Practice sur Canal Jimmy. A mon sens, ce fut une excellente série, traîté de belle manière avec des acteurs de talent (ça n'engage bien sûr que mon avis). J'aimerai juste savoir ce que les chaînes font... M6 s'en est débarassée, Série Club a arrêté sa diffusion à la saison 5 et Canal Jimmy vient de stopper la diffusion au 6ème épisode de la saison 5... Allons nous enfin connaître la suite de cette série ? Canal Jimmy compte-t-elle continuer à diffuser des épisodes vus et revus alors qu'ils ont, je pense, la suite inédite...
Pouvez vous m'en dire davantage ?

Merci d'avance

Ecrit par : ppptitpierre | 06 juillet 2008